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La relation sacrée entre les serpents et les Aïssaouas.

Posté : 05 août 2012 11:21
par Kodiak
Bonjour, à la demande de Pierre-Yves, j'ouvre le sujet sur les Aïssaouas.

L'origine des Aïssaouas remonte à 4 siècles, à l'origine Sidi Mohammed Ibn Aïssa fondateur de la confrérie des Aïssaouas au XVI siècle.
Ce mystique fut chassé de Meknès avec quelques uns de ses compagnons parce que sa notoriété faisait de l'ombre à celle du sultan de l'époque. Pour survivre dans le désert ils se nourrissaient de serpents, de scorpions et de plantes. Ils ont survécus au désert et depuis ce jour les Aïssaouas ont une relation particulière avec les serpents. Dans certaines régions du Maroc (Goulmine par exemple) ils sont utilisés pour chasser les serpents qui sont rentrés dans les habitations ou pour guérir certains maux. La transe est souvent utilisée dans ce type d'intervention ainsi que la flûte qui est très importante dans leur culte car ils se réclament du soufisme populaire.
Cette confrérie est l'une des plus fermée du Maroc.

En ce qui me concerne j'ai fait deux voyages de 15 jours avec certains d'entre eux dans la partie sud Ouest du Maroc dans le désert côtier afin de voir et de m'informer un peu de leurs pratiques de chasse. Cela n'a rien à voir avec les montreurs de serpents pour les touristes. Les serpents les plus utilisés pour ce type de spectacle sont le Naja haje legionis, la Bitis arientans, la Macrovipera mauritanica, la Malpolon monspessulanus et la Coluber hippocrepis. Je vous mets quelques clichés réalisés lors de ces deux séjours. Une fois de plus je ne fais pas l'apologie des manipulations spectacles mais je m'intéresse aux différentes cultures en rapport avec les reptiles en particulier. Toutes les manipulations faites et montrées dans ces clichés ont été réalisés avec des animaux qu'ils venaient de capturés, les crochets n'ont jamais été retirés et les manipulations ont été effectuées au bout de quelques minutes après la capture, très souvent ils prenaient un thé entre la capture et les manipulations, je pense pour calmer l'animal.

Abbou et un Naja haje legionis.
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Abbou et un Naja haje legionis.
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Omar et un Naja haje legionis.
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Omar et une Malpolon monspessulanus.
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Omar et une Malpolon monspessulanus.
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Trace de Bitis arietans.
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Bitis arietans dans son biotope.
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Bitis arietans en position d'attaque.
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Bitis arietans en position d'attaque.
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Macrovipera mauritanica.
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Mohammed lors de la capture du cobra, ce cobra était sorti de son terrier lorsque nous l'avons trouvé.
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Mohammed et un Naja haje legionis.
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La main de Mohammed avec un cobra.
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Kodiak.
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Posté : 05 août 2012 15:39
par Neopilina
Bonjour,

Ca me parle beaucoup tout ça. Les modalités de la capture sont déterminantes pour la suite.
Je capture à mains nues, avec une petite trique en bois, d'abord pour immobiliser au sol l'animal découvert, puis pour tenir à la tête à l'écart de la main qui tient l'arrière du corps. En procédant ainsi, on comprend que les individus présentant le plus de risques sont les jeunes (Petite longueur et tempérament.). Si la capture se passe "mal", dure, une fois l'animal au fond de mon seau, je sais déjà qu'il ne sera pas question de tenter quoi que ce soit avec cet individu, et de toute façon il le montre très bien. A l'inverse, si un animal se retrouve en quelques instants et en douceur au fond du seau, je ne suis pas forcément devenu de facto synonyme de violence et de danger, le comportement de l'animal sera complétement différent. Alors là j'adopte moi aussi un comportement adéquat, je ne détaille pas, mais juste un exemple.
J'ai récemment effectué 10 captures d'aspic après la découverte d'une station très riche, sur les 10, pour trois d'entre elles, parmi les plus longues, de la capture au relâcher, il n'y a pas eu une seule tentative de morsure, si je devais tenté quelque chose de "déraisonnable", ça aurait été avec ce genre d'individus.

Sinon M.m est toujours aussi caractériel. Quant à la Bitis arietans présentée, je défie quiconque d'en "faire" quoi que ce soit, cet individu est "perdu". A gauche, de face, les mâchoires sont entre-ouvertes, cet animal a déjà mordu et s'est fait mal et/ou blessé en le faisant. Le prochain être "humain" croisé payera, si elle le peut, le capital et les intérêts.

Abstraction faite de morsures d'espèces non-venimeuses, dont je me contre-fous, hormis une légère surveillance d'une éventuelle évolution septicémique, je me suis fait mordre une fois par un serpent venimeux, très exactement comme le vulgus pecus : par un serpent que je n'avais pas vu ! Belle ironie je trouve.

Editer.

Posté : 05 août 2012 18:19
par Pierre-Yves
@ Kodiak: très intéressant merci Serge. Une question: que font les Aissaouas de leurs captures ?
@ Neopilina ? editer ? ensuite oui la Bitis a mordu mais ce n'est pas pour autant qu'elle va s'en souvenir... les captures qui se passent disons, plus brutalement, de mon expérience, ne rend pas le serpent plus agressif... Chaque serpent a son caractère et se défend comme il peut, il suffit d'attendre: soit la fatigue, soit le stress, soit la résignation l'emporte et le calme revient. Je ne crois pas qu'un serpent soit capable de mémoriser une expérience. Après, tout est possible...

Posté : 05 août 2012 18:55
par chatou74
F a b u l e u x =D>

Posté : 05 août 2012 19:12
par Neopilina
Je sais de façon expérimentale qu'un serpent se souvient d'éventuelles "mauvaises" conditions de sa capture pendant au moins plusieurs jours pour ne pas dire plus. En tous cas, avec ces animaux, je ne tente rien et ils me le rappellent à tout instant.