






| Je ne suis pas entomologiste, loin de là, mais je porte tout de même un certain intérêt pour les lépidoptères qui caressent nos fleurs de leurs couleurs chatoyantes, du printemps jusqu'à la fin de l'automne. Chaque espèce peut être observée à une saison précise, comme les sphinx du liseron butinant à la tombée de la nuit en septembre alors que le splendide machaon ne fait que commencer sa nymphose. Voici donc un bref aperçu et quelques commentaires sur certaines espèces vivant en France et en Europe centrale. |
Le flambé, Iphiclides podalirius:
de grande taille, entre 50 et 70mm. Espèce plus thermophile et de distribution moins vaste que le machaon. La limite septentrionale de son aire de répartition passe par la Belgique, le nord de l'Allemagne et de la Pologne. Quelques très rares exemplaires erratiques ont été signalés en Angleterre et en Suède. Est répandu à travers l'Asie Mineure et la Transcaucasie jusqu'en Chine occidentale. En Europe, cette espèce fréquente les plaines sylvatiques et les steppes arborées; elle est plus abondantes dans les endroits plantés de prunelliers, sa plante nourricière. Peut donner jusqu'à trois générations par an dans le sud de son aire de répartition. Sa chenille vit isolément sur le prunellier, l'aubépine, le sorbier et divers arbres fruitiers tels le pêcher et le prunier. La chrysalide, succincte, est fixée sur son support par une ceinture de soie circumthoraxique. Les chrysalides d'été sont généralement vertes, alors que celles qui doivent hiverner sont brun jaune. Ce papillon est protégé dans plusieurs pays. Le flambé, comme le machaon sont des espèces sensibles aux modifications de leur milieu naturel engendrées par les activités humaines, dont l'agriculture intensive, la disparition des haies sauvages, l'épandage d'insecticides sur les plantes nourricières et l'abandon progressif de la culture du trèfle. Protégé en Suisse dans les cantons d'Argovie, Berne, Genève, Obwald, Soleure et Vaud.
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| Iphiclides podalirius, le flambé | ...à Corfou. |
Le machaon, Papilio machaon:
un des plus beaux papillons européens, vit également en Afrique du nord, dans la zone tempérée d'Asie, au Japon et en Amérique du nord. Au nord de son aire, il ne produit qu'une génération par an. L'adulte vole dans les prairies et les friches, jusqu'à 2000m d'altitude. Sa chenille se nourrit du feuillage et de fleurs d'ombellifères telles la carotte, le cumin et le fenouil. Lorsqu'elle est manipulée ou inquiétée, elle fait saillir une petite glande orange et bilobée, sécrétant une odeur particulière et située derrière la tête. J'ai pu observer en septembre 2002 plusieurs exemplaires vivant sur du fenouil de décoration planté sur un giratoire au milieu du village. Ce papillon est en constante régression, je l'observe de temps à autres butiner sur des fleurs de buddleias, mais cela devient de moins en moins fréquent. Protégé en Suisse dans les cantons d'Argovie, Berne, Genève, Obwald, Soleure et Vaud.
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| Papilio machaon, après l'éclosion | Chenille de Papilio machaon | individu âgé aux ailes abîmées. |
L'apollon, Parnassius apollo:
il habite tous les massifs montagneux européens, les Carpathes et le Caucase; il fréquente les alpages, les biotopes rocailleux au sous-sol calcaire jusqu'à 2500m. Il est considéré comme une espèce relicte de l'aire tertiaire ayant survécu à la dernière glaciation. Il ne donne qu'une seule génération annuelle: l'oeuf hiverne, et si la chenille sort de l'oeuf en automne, elle ne se développera qu'au printemps suivant. Elle se nourrira de diverses espèces d'orpins et de joubarbes. La chrysalide repose à même le sol ou sous des pierres. L'adulte butine nonchalamment sur les cirses, les chardons et les centaurées. Protégé dans toute la Suisse.

La piéride du navet, Pieris napi:
un des papillons couramment observé à travers l'Europe, une espèce très variable répandue dans la zone paléarctique
ainsi qu'en Amérique du nord. Elle donne trois générations par an; les chenilles grégaires au début de leur existence, se nourrissent des crucifères sauvages. Elle présente un grand nombre de formes géographiques, phénomène auquel se
surajoute un dimorphisme saisonnier assez prononcé. La piéride du navet fréquente les prairies, les vallons humides et la lisière de forêts de feuillus. Cette espèce hiverne à l'état nymphal.
Le citron,Gonepteryx rhamni:
le premier à être observé au printemps, par sa silhouette jaune vif voletant au dessus des maigres fleurs émergentes; il faut préciser que ce lépidoptère à un mode de vie et de reproduction particulier: les chenilles qui vivent à la fin du printemps sur les nerpruns, le fusain et le troène donnent des adultes qui émergent au début de l'été, puis estivent (diapause estivale) avant de réapparaître en automne et, pour finir, passent l'hiver (diapause hivernale) à l'abri avant de recommencer leur cycle au printemps suivant. Il hiverne donc à l'état adulte comme certaines vanesses (Nymphalidae). le mâle est jaune vif alors que la femelle est presque blanche;

Famille des Nymphalidae:
La petite tortue, Aglais urticae:
c'est la plus commune de toutes le vanesses. A la fin de l'hiver, il n'est pas rare de la rencontrer alors que les plaques de neiges n'ont pas encore entièrement disparu. Elle est répandue à travers toute l'Eurasie et compte parmi les papillons le plus communs dans les régions septentrionales froides et en montagne où elle peut monter jusqu'à 3000m. Dans l'Himalaya on l'a observée a plus de 5000m! Elle fréquente les épervières, les silènes, et les primevères ainsi que de nombreuses autres fleurs. Elle s'est remarquablement adaptée au nouveaux milieux créés par la civilisation moderne. Elle profite de l'excès d'azote dans les sols qui fait proliférer l'ortie dont se nourrissent ses chenilles, comme celles du paon de jour (Inachis io) d'ailleurs. Elles peuvent se retrouver en forte colonies et ne laisser intacte que la tige de la plante. La chrysalide est suspendue et ornée de magnifiques taches dorées.

l'Aglae ou grand nacré, Mesoacidalia aglaja:
ce très beau papillon fréquente les clairières plantées de graminées, les chemins et les pentes herbeuses; il se caractérise par une répartition en altitude étendue: il vit autant en plaine qu'en alpages élevés. Dépasse les 3000m. Son aire de répartition, vaste, comprend toute l'Europe et l'Asie jusqu'au Japon, et le Maroc en Afrique. C'est une espèce très variable avec de nombreuses formes géographiques. Le grand nacré vole de juin à août, sa chenille hiverne et se nourrit de diverses espèces de violettes.

Le grand nègre hongrois, Erebia ligea:
répandu dans tout le nord de l'Europe et dans les massifs montagneux, entre 500 et 1000m, il atteint le japon à l'est. Il fréquente les vallées des étages boisés en montagne et les prairies dans les zones de piémont; selon l'altitude, il apparaît entre juin et août. Sa chenille se nourrit de digitaire sanguine, de millet élevé et hiverne.

Le grand sylvain, Limenitis populi:
un des plus beau d'Europe, il évolue gracieusement dans les forêts humides de feuillus des plaines et des vallées. Son aire de répartition s'étend de la France au Japon et s'avance loin vers le nord. Il ne donne qu'une génération annuelle, en juin et juillet. La chenille hiverne et se développe sur les peupliers trembles.

Le gamma, Polygonia c-album:
ce papillon est reconnaissable au "c" blanc qui macule le dessous de chacune de ses ailes inférieures. Il vit à la lisière des bois, dans les prairies et les jardins. Sa chenille vit sur diverses plantes dont le houblon, le
groseillier et l'ortie.

l'argus bleu céleste, le bel argus, Lysandra bellargus:
répandu dans toutes les régions tempérées et chaudes d'Europe et de l'Asie occidentale où il atteint l'Irak et l'Iran. Il fréquente les biotopes secs et ensoleillés au sous-sol calcaire et donne deux générations annuelles, la première en mai-juin, la seconde de juillet à septembre. Au dimorphisme sexuel habituel (mâle bleu, femelle brune) se superpose un important polymorphisme des femelles: on rencontre tous les intermédiaires entre les femelles intégralement brunes et celles presque totalement envahies de bleu ciel brillant; cette dernière forme est protégée en France. Ce papillon est plus commun dans les régions de plaine mais peut s'élever jusqu'à 2000m. La chenille vit sur diverses papilionacées, notamment sur l'hippocrépide à toupet et hiverne.

la zygène de la coronille, Zygaena ephialtes:
c'est une espèce thermophile qui est répandu dans toute l'Eurasie tempérée, qui fréquente les bois clairs et leurs lisières, les pentes chaudes et les steppes arborées, avec une préférence pour les sols calcaires. Cette zygène est très polymorphe; on distingue les formes dites éphialtoïdes, chez qui, le fond entièrement noir y compris aux ailes postérieures, est rehaussé de taches blanches; les formes peucédanoïdes présentent au contraire des couleurs vives, le plus souvent du rouge vermillon. Ces différentes se croisent entre elles là où elles cohabitent et donnent des individus transitionnels. L'adulte vole de juin à août, la chenille se développe sur la coronille bigarrée et hiverne. Elle se nymphose dans un cocon blanc satiné, souvent dissimulé dans les buissons, contre les pierres ou sur les chaumes de graminées.

le bombyx du chêne, Lasiocampa quercus:
cette espèce est répandue dans toute l'Eurasie et semble s'être bien accommodée des modifications engendrées par l'urbanisation. Dans les montagnes, le bombyx du chêne s'élève jusque dans la zone des formations arbustives rampantes, où il est assez commun. Avec ses splendides couleurs contrastées, en particulier chez le mâle, ce bombyx compte parmi les plus belles espèces de Lasiocampidés. Le mâle présente une activité diurne; il recherche les femelles par temps chaud et ensoleillé, parcourant les prairies sylvatiques de son vol très rapide et zigzagué; il lui arrive même de s'aventurer jusque dans les agglomérations urbaines. La femelle attend d'avoir été fécondée pour prendre son vol; elle ne quitte sa retraite que tard dans la soirée et vient parfois aux lumières. L'adulte paraît entre juin et août en une seule génération. La chenille éclôt à la fin de l'été et se développe très lentement jusqu'au printemps suivant; dans les stations d'altitude élevée, il n'est pas rare qu'elle hiverne deux fois. Polyphage, elle se nourrit entre autres du feuillage des chênes, de l'aubépine, de la myrtille et des saules, mais ne dédaigne pas la bruyère, les ronces, les aulnes, le bouleau, le prunellier et le genêt à balais. Elle se nymphose dans un cocon résistant, brun-jaunâtre, filé parmi la végétation basse, pratiquement au niveau du sol. L'élevage de cette espèce est facile, comme du reste celui de la plupart des Lasiocampidés.

le bombyx disparate, la spongieuse, Limantria dispar:
redoutable ravageur des forêts de feuillus dans tout l'hémisphère nord. Il fut importé en 1869 en Amérique du nord pour les besoins de la recherche scientifique, s'échappa des élevages, se multiplia dans la nature et s'étendit dès lors à une vitesse prodigieuse. Le mâle est très actif durant le jour, volant inlassablement à la recherche des femelles, qui, pourvues d'un volumineux abdomen, sont inaptes au vol et attendent dissimulées dans la végétation, que les mâles viennent les féconder. L'espèce se caractérise par un dimorphisme sexuel accusé et par une importante variabilité du coloris et de l'ornementation. Le bombyx disparate ne donne qu'une génération annuelle qui s'étale de juin à août. Les oeufs, déposés côte à côte en larges plaques, sont recouverts des poils feutrés jaune ochracé que la femelle arrache à l'extrémité de son abdomen et colle sur la ponte. Lors d'invasions massives on peut observer sur les troncs des centaines de ces pontes, qui ressemblent à de petites éponges, d'où l'un des noms vulgaire du papillon. La chenille se développe au printemps sur de très nombreux feuillus, notamment sur les chênes, les peupliers et les pruniers. L'espèce hiverne à l'état d'oeuf.

le sphinx de la garance ou du gaillet, Hyles galii:
répandu dans toute l'Eurasie, à l'exclusion des régions polaires, et en Amérique du nord. Il vole depuis la plaine jusqu'à des altitudes voisines de 2000m; il habite avant tout l'étage collinéen. Il fréquente notamment les coupes et les lisières forestières, ainsi que les pentes richement fleuries; il visite les fleurs au crépuscule, mais parfois aussi durant la journée, surtout en montagne. Depuis l'abandon de la culture de la garance, cette espèce s'est considérablement raréfiée; aussi est-elle protégée dans certains cantons suisses. L'adulte paraît entre mai et septembre en une ou deux générations. La chenille se développe à la fin de l'été sur l'épilobe en épi et les gaillets, ainsi que sur la garance. Elle se nymphose à terre entre quelques débris végétaux dans un léger cocon. L'espèce hiverne à l'état nymphal.

le sphinx à tête-de-mort, Acherontia atropos:
Il est répandu sur tout le continent africain et dans toute l'Asie du sud-est; il immigre chaque année de ces régions vers l'Europe, pénétrant loin vers le nord. Ce sphinx est fortement attiré par le parfum du miel; parfois, il s'introduit dans les ruches par le trou de vol. Le plus souvent, les abeilles réussissent à tuer l'intrus. L'adulte en mai-juin; dans les régions au climat favorable, il produit une génération estivale. La chenille se nourrit en été du feuillage de diverses solanacées, notamment de celui de la pomme de terre, des jusquiames et des lyciets. Autrefois, il était facile de la trouver dans les champs de pomme de terre en repérant à la jumelle les plans dépouillés de leurs feuilles. De nos jours, cette méthode de recherche des chenilles est obsolète, l'épandages des insecticides ayant presque partout totalement exterminé l'espèce des régions de culture. En revanche, l'examen des pieds de lyciet permet parfois une récolte plus fructueuse. La nymphose a lieu au début de l'automne dans une volumineuse loge souterraine ovoïde. La chrysalide est de grande taille, luisante, brun-noir ou d'un brun-rouge rappelant la couleur de la résine. Parfois, lorsque l'automne est particulièrement chaud, certains adultes émergent prématurément de leur chrysalide, volant par intermittence jusqu'au début de décembre. Toutefois, ces individus sont condamnés à mourir sans pouvoir donner de descendance. Quant aux chrysalides qui ne libèrent pas l'adulte avant l'hiver, elles meurent généralement durant celui-ci, car elles ne supportent pas les basses températures, et encore moins le gel. Dans le sud de l'Europe, les conditions climatiques plus clémentes permettent en général à la chrysalide d'hiverner sans dommage. En Suisse, l'espèce est protégée dans certains cantons. Ce papillon émet une sorte de vibration lorsqu'il est dérangé et sa chenille, la plus grande d'Europe, mesure environ 12cm. Sur les photos représentants un papillon adulte au repos, on distingue nettement le dessin en forme de tête de mort sur le thorax qui a donné son nom à l'espèce.
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| détail de la tête | chenille d'Acherontia atropos. | |
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| l'adulte, au repos sur un tronc | haut de page | idem, trop beau!!!! |
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| Arctia caja, l'Écaille martre, photo R. Mesot. | Inachis io, le paon de jour photo R. Mesot. |
Euplagia quadripunctata, l'écaille chinée |
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| Vanessa atalanta, le vulcain | Cynthia cardui, la vanesse des chardons, photo D. Chambettaz. | Couple de sphinx du peuplier, Laothoe populi, photo F. Dunant. |
Ces insectes sont devenus très rares à cause des traitements des cultures, du défrichage systématique et de la disparition des haies et bocages sauvages. Seuls quelques uns semblent profiter de l'excès d'azote qui favorise la pousse de l'ortie, plante nourricière de certains Nymphalidae dont le paon de jour et la petite tortue. En Suisse, dans les années 70, et dans la région où j'habite, les lépidoptères étaient beaucoup plus nombreux et variés qu'aujourd'hui, alors qu'ils restent encore nombreux dans les pays méditerranéens où les gens laissent la végétation plus tranquille!
En s'adonnant à des jeux appréciés de tout temps (puzzle, memory, pendu, taquin, etc.) les enfants auront, avec ce cédérom, l'occasion d'exercer leurs capacités d'observation, de concentration, de mémoire et d'organisation de l'espace. Grâce à des niveaux de difficulté croissante, les adultes auront aussi le plaisir de relever de beaux défis. Des textes interactifs renseignent sur la vie des papillons. Toutes les photos ont été prises en Europe, dans la nature et sans aucun artifice.
| le multiguide nature des papillons d'Europe, par Ivo Novák et Frantisek Severa, adaptation française de G. Luquet aux éditions Bordas, Paris, 1983. |