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Le hibou moyen-duc, Asio otus.

écoutez mon chant!

Bonsoir,
Vous ne m'entendez pas, vous ne me voyez pas, je me confond de jour avec le milieu qui m'abrite; de préférence des conifères, des arbres morts recouverts de lierre, des bouleaux, des clochers d'églises, des bosquets; bref, des endroits où votre regard ne se ballade pas trop. Par contre, j'observe le moindre de vos mouvements d'un oeil à demi clos car la lumière du jour m'est très pénible sauf si vous brillez plus qu'elle...Au crépuscule je sors de ma torpeur, mets mes sens aux aguets (la vue et l'ouie) et me prépare pour mon existence nocturne, qui consistera à passer au MacSouris pour trouver mon repas. Je m'envole silencieusement, seule ma silhouette furtive sera décelée par un regard averti, tel celui de promeneurs amoureux se baladant au clair de lune par une fraîche soirée d'hiver; mon plumage est constitué de telle manière que mon vol est rendu parfaitement silencieux, ce qui me permet de fondre sur mes proies avant qu'elles ne m'aient détecté.
Je mesure environ trente cinq centimètres, pour un poids moyen de 200 à 400 grammes (fitness n'est-il pas?), ma femelle pond en moyenne 5 à 6 oeufs qui sont couvés environ un mois durant. Mon espérance de vie est loin de celle de Jeanne Calmant et je peux vivre modestement et discrètement jusqu'à l'âge de 27 ans.
Je possède deux aigrettes plumeuses comme couvre-chef ce qui me distingue de mes cousines les ôchouettes chouettes. Mon plumage est fait d'un superbe camaïeux de brun qui me permet de me confondre avec les troncs d'arbres sur lesquels je me repose. Et le top du top, pour vous Mesdames,  mes yeux sont colorés de rouge-orangé; même le cousin d'Angleterre prénommé David n'a pu faire mieux. Lui  fréquente les salles de concert, la pigmentation oculaire que je possède me permet de mieux voir dans l'obscurité.  Mon menu chez MacSouris est constitué principalement de petits et moyens rongeurs de toutes sortes, et parfois de petits oiseaux. J'avale mes petites proies toutes entières et me permets d'utiliser mes couverts (bec et serres) lorsque je me suis offert un BigRat; les parties assimilables sont digérées et les déchets (os, poils, plumes) sont envoyés au recyclage sous forme d'une pelote de 4 à 7 centimètres de long que j'ose régurgiter. Cette trace que je vous offre tombe au sol et permet aux naturalistes de détecter mes perchoirs diurnes ainsi que de connaître mon régime quotidien. 
Après avoir bien fêté la fin de l'an, je me mets en quête d'une compagne que je vais inviter dans ma garçonnière qui consistera en un nid abandonné par des corneilles, des buses, des pies ou un arbre creux. Ma femelle va donc pondre et une fois que les éclosions commencent, c'est à moi d'aller au supermarché pour nourrir ma petite famille; donc, s'il vous plait, n'éliminez pas tous les rongeurs et laissez-moi faire mon travail sinon je vais aller pointer à l'ANPE. En plus je vous suis très utile en vous débarrassant de ces petits museaux qui parcourent les champs. Nos petits âgés d'une trentaine de jours ne  seront pas inscrits à la crèche, ils quitteront le nid avant de savoir voler encore recouverts du doux duvet qui caractérise les oisillons. Lorsqu'un danger me menace, je fais le gros dos, j'hérisse mes plumes, écarte mes ailes et me gonfle à tout va. Je reste toutefois très confiant dans mon homochromie et me dis que si vous me voyez, c'est que vous en valez la peine et que vous vous intéressez à moi.
Bien que je sois considéré comme un solitaire, j'aime la vie en communauté, les HLM ne me font pas peur et les réunions de famille se font en grand nombre, avec plusieurs générations représentées. Nous logeons par groupe de 2 à plusieurs dizaines d'individus sur des perchoirs diurnes que peu d'entre vous, piétons et bipèdes, ne pourront remarquer sauf pour ceux qui daignent lever la tête pendant que votre quadrupède polluant et vociférant marquera son territoire. Nous dormons de concert le jour et chassons chacun de notre côté la nuit. Je remets à mes héritiers mes biotopes de luxe, comme l'arbre aux mille écus que j'affectionne pour son feuillage épais et seyant bien à mon teint.
Il m'arrive de déménager pour trouver un climat plus serein: n'allez vous jamais prendre l'avion pour partir en vacances? Et bien moi, en hiver, de bombes volantes n'en ai point besoin. Mes collègues du nord, de Scandinavie et d'Europe orientale descendent à tire d'aile vers l'Europe occidentale et méridionale. Je suis donc un migrateur partiel.  
Certains humains s'intéressant à mon sort m'ont attribué l'étiquette sauvage et incompréhensible d'Asio otus, de la famille volante des strigidés. Il paraît que c'est ce qui est écrit sous les momies de ma famille dans des églises géantes que vous nommez "Muséum d'Histoire Naturelle". Personnellement, je préfère ma nature à moi, silencieuse, reposante, pleine de surprises, de vols nocturnes près d'un bois de pin ou d'autres lieux salvateurs.
Je suis inscrit en communauté européenne, ai déjà mon sachet d'euros et mes pays d'adoption en France, Espagne, Italie, Grèce, Grande-Bretagne, Allemagne et pays de l'Europe orientale. Oups, j'ai oublié de demander la nationalité portugaise.
A bientôt, hou, hooouuu!

Hibou moyen duc hibou moyen duc  rapace moyen duc (Asio Otus)
Hibou moyen duc, photos prises à Veigy (Haute-Savoie), 2001.
Photos Pierre-Yves Vaucher.

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Hibou moyen duc, Choulex (Suisse),
Photo Jean-Paul Bovey.

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Hibou moyen duc, photos prises à Choulex, Genève, décembre 2006.
Photos Pierre-Yves Vaucher.


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