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Batrachochytrium dendrobatidis, une des causes de la disparition des amphibiens.



L'agent pathogène   les symptômes   les espèces touchées   le traitement en terrarium

Introduction

De nombreuses hypothèses ont été formulées pour tenter d'expliquer le recul de la population des amphibiens ou batraciens, que ce soit sous forme de déforestation, de pollution, de dégradation de biotopes, de rayonnement ultra-violet ou de maladies, qui est le cas nous intéressant sur cette page.
L'infection des populations d'amphibiens de toute espèces par Batrachochytrium est un phénomène mondial alarmant, certains biologistes avancent l'idée d'une disparition totale de ces animaux d'ici une cinquantaine d'années!
L'Australie est le continent qui semble le plus affecté et où les recherches dans ce domaine sont les plus avancées. Ce champignon est apparu de manière conséquente en 1993 (la première observation date de 1974 sur une population de Rana pipiens dans le Colorado) et affecte actuellement plus de 94 espèces dans 15 familles des deux ordres: Anura et Caudata.

l'agent pathogène

Il s'agit d'un sporozoaire découvert récemment, Batrachochytrium dendrobatidis, dont on connaît en partie la provenance: il est présent de manière très élevée dans les populations de Xenopus laevis en Afrique sans toutefois provoquer de morbidité évidente. Le fait que cette grenouille soit couramment utilisée en laboratoire et déplacée d'un continent à l'autre peut expliquer en partie l'expansion rapide de ce champignon. Les commerces de N.A.C dont les batraciens font partie contribuent aussi à ce phénomène global. Il est possible mais non certain qu'il ait été véhiculé d'un continent à l'autre par des herpétologues venant travailler sur le terrain.
La mortalité est proche de 100%, mais il existe des espèces, des individus plus résistants que d'autres, ainsi que des porteurs sains qui ne développent pas de symptômes.
La contagion se fait en milieu humide ou dans l'eau, ce sporozoaire anaérobique ne supportant pas la déshydratation. La dynamique infectieuse n'a été étudiée qu'en laboratoire.
100 spores suffisent pour provoquer la mort en 4 semaines environ. Des espèces semblent nettement plus sensibles que d'autres.
Batrachochytrium serait saprophyte et ne dépendrait pas uniquement des amphibiens pour sa survie: il pourrait avoir plusieurs hôtes. Il tue par perturbation de la respiration et des échanges cellulaires, dont l'absorption d'eau; il peut également sécréter une toxine.
La méthode courante de prélèvement chez les batraciens consistant à couper l'extrémité d'un doigt permet de mettre en évidence la présence de Batrachochytrium en plus forte concentration dans cette région du corps.
Lors de mon récent voyage en Crète, nous avons effectué des prélèvements sur Bufo viridis en plusieurs endroits de l'île afin de déterminer si cette infection est généralisée ou localisée car ce sporozoaire est présent là-bas.

Les symptômes

Le champignon s'attaque et/ou se localise dans le système nerveux central et sur la peau.
Dans la plupart des cas observés chez Bufo viridis, il s'agissait d'une inappétence, d'oedèmes des pattes, d'une apathie et, dans les dernières heures, d'un épanchement sanguin percutané et de sécrétions venimeuses (qui sont normales lors de la mort d'un batracien). Ils se "grattent" fréquemment le dos avec leurs pattes arrières, présentent des difficultés à la mue qui devient très fréquente (environ une à deux fois par semaine). Peu avant la mort, les animaux atteints se cambrent fortement (une heure avant). Il semblerait que le stress, sous n'importe quelle forme, agisse dans le sens d'une issue fatale des individus porteurs.
Chez Bufo carens et Bufo chilensis, les signes étaient plus neurologiques: comportements anormaux, crampes généralisées, apathie, inappétence, attitude prostrée. Seul Bufo chilensis a présenté des signes d'atteintes cutanées et des oedèmes des pattes avant.

Les espèces (familles) touchées, que ce soit des animaux sauvages ou captifs

En Australie: 1 Ambystomatidae, 1 Bufonidae, 22 Hylidae et 24 Myobatrachidae sont infectées. Les différentes espèces de Litoria, semblent très menacées par ce fléau car plus sensibles.
En Nouvelle Zélande: 2 Hylidae.
En Espagne: 1 Discoglossidae.
En Allemagne: 1 Amphiumidae, 10 Dendrobatidae, 3 Hylidae, 1 Proteidae, 1 Ranidae, 1 Salamandridae, 1 Sirenidae.
Aux USA: 1 Ambystomatidae, 3 Bufonidae, 1 Cryptobranchidae, 3 Dendrobatidae, 2 Hylidae, 1 Microhylidae, 6 Ranidae.
Au Panama: 3 Bufonidae, 2 Centrolenidae, 2 Leptodactylidae.
Au Costa Rica: 1 Bufonidae.
En Equateur: 1 Bufonidae, 1 Hylidae, 1 Leptodactylidae.
En Uruguay: 1 Ranidae.
En Afrique du sud, de l'ouest et au Kenya: 1 Pipidae et 1 Ranidae.

Le traitement en terrarium

Il est relativement "simple" en ce qui concerne les Bufonidés: il suffit de leur offrir un environnement sec avec un bac d'eau contenant de la Betadine (Iodum 10mg ut povidonum iodatum, bactéricide, fongicide, sporicide, protozooicide et virucide) qui sera changée tous les jours; on peut également utiliser un générique, Povidone iodée, qui est nettement moins cher ou encore du Lamisil, à diluer également dans l'eau. Le gros avantage de la Betadine est qu'elle conjugue plusieurs actions et n'est pas chère. Ce traitement sera à la fois préventif sur une quinzaine de jours pour les animaux en quarantaine, et curatif durant un mois au minimum pour les animaux dont le diagnostic aura été établi.
Il est possible, mais je ne l'ai pas essayé, d'utiliser des traitements fongicides oraux contenant du Fluconazole ou de l'Itraconazole: ces deux derniers produits sont excessivement chers mais une boite peut suffire à plusieurs personnes; se référer à la notice et adapter la posologie au poids. Administrer à l'aide d'une seringue après avoir ouvert délicatement la bouche.
Un apport d'U.V sera profitable sous forme d'exposition quotidienne de 15 minutes avec un lampe type Ultra Vita Lux d'Osram. Le champignon Batrachochytrium est très contagieux mais sensible aux U.V et à la déshydratation.
Le terrarium sera régulièrement traité avec un produit courant utilisé pour la désinfection du matériel hospitalier et des surfaces, produit virucide, fongicide et bactéricide à base d'ammonium quaternaire et d'alcools; il faut attendre environ trente minutes avant de réintroduire les animaux.
Pour les autres espèces de batraciens plus aquatiques, je suggère de les mettre en quarantaine dans un bac contenant du papier ménage maintenu humide, de les baigner 10 minutes par jour dans une solution de Betadine et de maintenir un hygiène aussi rigoureuse que possible.
D'après des biologistes australiens sur "temperature and chytridiomycosis in rainforest frogs", un choc thermique de 37° durant moins de 16 heures suffirait à éliminer Batrachochytrium, mais encore faut-il que les animaux supportent une exposition à une température aussi élevée. L'expérience a été faite avec Litoria chloris.
La désinfection des mains avec une solution alcoolisée sera de rigueur lorsque l'on possède plusieurs terrariums contenant des animaux non infectés.
A ce jour, j'ai pu stopper l'infection chez Bufo viridis mais d'autres espèces (Bufo carens, Bufo chilensis) sont mortes et je n'en connais pas encore la cause mais je soupçonne fortement Batrachochytrium.
A noter que Bufo viridis a largement supporté l'iode contenu dans la Betadine et ce, durant environ deux mois.

Mes Bufo carens et Bufo chilensis ont été traité au choc thermique, 24 heures à 36-37° dans une couveuse à volaille, et à la betadine; ils semblaient avoir supporté le traitement, mais sont tous morts à quelques jours d'intervalle. J'attends les résultats de l'analyse pour savoir si oui ou non ils étaient porteurs de Batrachochytrium.

Les seules règles capitales à retenir en cas d'acquisition d'un nouvel animal en captivité sont: la quarantaine et le traitement préventif et ne jamais mélanger d'espèces dans le même terrarium.

couveuse
Couveuse pour les chocs thermiques; le couvercle comprend une ampoule de chauffage et un thermostat;
le dessous est composé d'un réservoir d'eau protégé par un grillage pour conserver une hygrométrie suffisante.
Il est impératif d'installer un thermomètre car le thermostat ne peut être réglé que sur plus ou moins.
On aperçoit Bufo carens en cours de traitement.

en savoir plus sur le site du KARCH

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