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Le castor d'Europe, Castor fiber.


Quelle ne pourrait être votre surprise si, habitant le long de parcours de l’Hermance, vous retrouviez une partie de vos arbres chèrement plantés, qu’ils soient surtout fruitiers ou d’ornement, tout simplement sectionnés et dont une partie aurait servi à confectionner un début de barrage ? Car en plus de cette disparition, vous seriez amenés à vous inquiéter naturellement du risque d’inondation que pourrait représenter la présence de ces branches ou troncs en travers d’une rivière au cours quelque peu fluctuant.
Mais quel est donc ce malandrin dont je vous parle ? Quel est donc ce destructeur de plantations, d’arbres fruitiers, ce tronçonneur de labeur destructeur de quiétude un beau dimanche ensoleillé ?
Les personnes logeant le long d’une rivière auront sans doute reconnu sans difficulté le castor d’Europe, Castor fiber de son nom latin. Le mot « castor » a remplacé l’ancien terme de « bièvre », venant du latin « beber », et du celte « fiber », la fibre des plantes. L’essentiel est de prévenir un agent de l’ONF ou une personne bien informée sur la commune afin de prendre les mesures nécessaires pour protéger votre patrimoine. Au niveau national, l’espèce est strictement protégée par l’article 1 du Journal Officiel de la République Française du 19/05/81. Elle figure également sur la liste rouge Nationale à la catégorie « à surveiller ». Le castor est monogame toute sa vie durant, c’est le plus grand rongeur d’Europe, son statut est précaire en France, il avait disparu de Suisse dans les années 70 et, grâce à une programme de réintroduction, il commence à recoloniser à grand peine quelques cours d'eau. Il peut peser entre 12 et 32 kilos et vivre entre 10 et 15 ans. Ses sens les plus développés sont l’ouïe et l’odorat. Le castor est remarquablement adapté à la vie aquatique avec ses pattes palmées, sa queue plate et la morphologie de son crâne qui permet l’observation environnante le corps immergé. Ses incisives, au nombre de 4 (2 supérieures et 2 inférieures) sont adaptées, puissantes, longues et orangées, pour la découpe des troncs de diamètre moyen et des plantes dont il se nourrit.
Les castors sont difficiles à distinguer sexuellement, seule la présence de tétines en période d’allaitement peut faire la différence. L’accouplement a lieu dans l’eau et la gestation dure entre 120 et 128 jours. Sa maturité sexuelle intervient à 3 ou 4 ans. Il vit généralement en famille : les deux parents, les jeunes d’un an et ceux de l’année en cours. Les petits, au nombre de 2 à 4, viennent au monde avec un poids compris entre 450 et 750 grammes, ce qui est important pour un rongeur, de la fourrure et les yeux ouverts. Au bout de quelques heures, ils sont capables de nager.
Le castor fréquente les eaux douces libres à courant lent et peu profondes, entre 1 et 2 mètres. Il apprécie les rives terreuses arborées car il trouve sa nourriture, de quoi élire domicile et se faire un terrier, qui servira de refuge et de maternité, dans la berge. Il délimite son territoire de manière olfactive en sécrétant une substance odorante nommée castoréum. Il est essentiellement nocturne et ne se rencontre guère plus à une distance de 40 mètres de l’eau. Le castor se nourrit d’écorce, de rameaux, de feuilles du tremble (Populus), des saules (Salix), des bouleaux (Betulus), des Aulnes (Alnus), des frênes (Fraxinus), des arbres fruitiers, de plantes herbacées. Il accumule des provisions pour l’hiver dans l’eau car cette dernière agit comme un réfrigérateur et conserve les valeurs nutritives.
Le barrage possède une structure d’une grande simplicité et est élaboré patiemment à l’aide de branches, troncs, végétaux décomposés, boue et cailloux. Les différents éléments sont disposés en travers du cours d’eau et superposés en couche successives, au fur et à mesure que son constructeur en constate des fuites. Il n’est donc jamais fini et sa construction est adaptée en fonction de la force du courant. Agile nageur, il se révèle piètre marcheur mais peux fuir rapidement, son refuge étant le milieu aquatique. Le castor est capable de creuser un canal de transport pour certaines grosses branches ou troncs qu’il cisaille en forme de sablier, laissant le vent achever sa besogne. L’habitat du castor se distingue en 4 structures : le terrier (entrée sous l’eau avec cheminée), les terrier-hutte (entrée sous l’eau avec fluctuation du niveau d’eau), hutte de berge (la chambre est au dessus du niveau du sol) et la hutte en île (au milieu d’un point d’eau calme, faite entièrement en bois) .
Le castor n’hiberne pas, il réduit son activité par période de grand froid.
Au niveau anatomique, le castor est capable de transporter des matériaux sans que l’eau pénètre dans la trachée grâce à sa langue qui peut fermer l’orifice trachéal. Les orifices nasaux et auriculaires se ferment durant les plongées où il peut rester immergé durant 15 minutes. Ce rongeur, dont les besoins quotidiens s‘élèvent à 2 kg de matière végétale, dispose d’un tube digestif d’herbivore et d’un caecum dont la capacité est le double de celle de l’estomac. Le castor pratique la caecotrophie, nom savant désignant la réingurgitation d’aliments (sortes de selles) ayant parcouru l’ensemble du tube digestif. Les caecotrophes sont plus grosses que des crottes véritables.
Je finirai cette présentation en vous citant les aspects bénéfiques du castor sur l’homme, ce qui devrait prôner la tolérance envers ce rongeur protégé et raréfié.
Il est un aménageur de territoire, un régulateur du régime des eaux, un technicien de l’entretien des berges, un garant de la biodiversité ; il protège des inondations en régulant le débit de l’eau par de multiples digues, il contribue efficacement à la rétention de l’eau dans la terre lors de sécheresse, ses barrages créent un dépôt de limon générant de nouvelles prairies (dans les grands espaces ouverts), les bassins d’accumulation favorisent l’alimentation et la protection des alevins. La protection contre l’érosion est efficace car les barrages évitent les grandes crues qui emportent tout sur leur passage. Les castors coupent les gros troncs, les souches ne pourrissent pas et le risque de destruction d’une berge lors de la chute d’un arbre est annihilé.
Les castors ne font que peu de dégâts dans le fond, seuls les vergers situés à proximité des rivières peuvent souffrir de sa présence. Ce sera alors au propriétaire de renforcer la sécurité au moyen de clôtures diverses.
Je souligne l'attention du lecteur que le castor ne doit pas être confondu avec le rat musqué (Ondatra zibethicus) et le ragondin (Myocastor coypus) qui eux, sont des nuisibles.


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Castor fiber.

Se nourrissant sur la berge.

Fuyant vers l'eau.

Photos François Dunant.

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Barrage sur les bords de l'Hermance, Genève, Suisse.
Photo François Dunant.

© Pro Natura, B. Mainini.
"A l’eau castor !" Davantage de ruisseaux naturels pour le castor.

Gravure montrant l'évolution d'une famille.



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Tronc sectionné,
Photo Guy Bourderionnet.


Barrage marécageux,
Photo Sylvain Gaudin.


Traces,
Photo François Dunant.


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Canal ou rigole de transport,
Photo Sylvain Gaudin.

Hutte,
Photo Sylvain Gaudin.

Ancien barrage,
Photo Sylvain Gaudin.

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Traces de castor le long de l'Hermance au centre du village de Veigy-Foncenex (74).

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Moyens de protection des arbres mis en place, pas toujours esthétiques mais apparemment efficaces.



Zone marécageuse située entre le chemin des Devants, la route des Voirons et le chemin du Bois Berou, d'importance régionale et pouvant abriter le castor.
Photos Pierre-Yves Vaucher (février 2007).

Cette zone humide et inondable, d'importance régionale et communale au niveau de la biodiversité, s'étend de la route des Voirons jusqu'aux marais de Loisin.



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