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Le milan noir, Milvus migrans.


Chère lectrice, Cher lecteur, L’été tire à sa fin, de beaux jours nous attendent encore, j’espère. Il y a toutefois quelque chose qui manque, qui me manque… Ce n’est pas la pluie abondante que nous avons eue, ce n’est pas le soleil, ce n’est pas le chant des grenouilles car elles sont encore étonnamment actives mais avec plus de parcimonie, ce n’est pas le chant du merle, ni celui du rossignol que je retrouverai l’an prochain, ce n’est pas le chant ni le vol du pigeon ramier car il ne cesse point encore, la chouette hulotte ne tarit plus d’hululements nocturnes ni sa cousine l’effraie. En fait, ce n’est pas au niveau sonore que quelque chose est absent, c’est plutôt au niveau visuel, je reste dans la faune bien sûr ; les hirondelles ? On en voit moins qu’il y a 20 ans quoiqu’elles soient en sensible augmentation cette année, mais alors quoi ? Vous ne trouvez pas non plus ? C’est embêtant … arrivée dès la mi-février pour les plus précoces, départ au 10 août pour les trainards … la plus grande colonie lacustre au monde, il étonne par ses acrobaties aériennes lorsqu’il fait sa parade amoureuse ou qu’il se dispute avec une corneille, il revient chaque année au-dessus des mêmes territoires, il rase nos toits à la recherche de quelque pitance, il suit en grand nombre les traces des engins agricoles, il est excellent planeur et profite des courants ascendants pour grimper haut dans le ciel, tournant, tournoyant ; sa queue est reconnaissable entre mille par son échancrure qui la différencie de la buse, rapace cousin qui est sédentaire alors que lui, le milan noir, Milvus migrans, est, comme son nom latin l’indique, un migrateur !
Le milan paraît noir mais il est en fait brun avec des plumes roussâtres, son bec est noir et ses pattes sont jaunes. Son chant est un sifflement guttural puissant et caractéristique, on dit qu’il « huit » mais je ne trouve pas le verbe. Ses ailes, en vol, sont coudées et nettement plus fines que celles de la buse variable avec laquelle il est souvent confondu.
L’accouplement a lieu peu après le long voyage qui les a amenés d’Afrique tropicale où ils passent la mauvaise saison. La parade en vol est particulièrement spectaculaire, les partenaires pouvant se tenir par les serres en volant l’un contre l’autre, à haute altitude, ou alors le mâle peut descendre en piqués vertigineux, remonter aussi rapidement et faire des voltiges autour de sa partenaire. Le nid est assez vaste, solide, ancré à la fourche d’un arbre, constitué de branches dont l’intérieur est parfois tapissé de matériaux hétéroclites comme des chiffons, du plastic, des déchets divers. Il peut servir plusieurs années de suite aux mêmes individus et à leur descendance. Le lieu de nidification est choisi en fonction de la taille des arbres et de la proximité d’une surface d’eau sur laquelle ira se nourrir notre rapace. Il arrive fréquemment que des colonies regroupant des dizaines de nids se créent. Vers la fin avril, la femelle pond deux à trois œufs qu’elle ne quittera pas, le mâle se chargeant du ravitaillement. Les jeunes écloront après un mois et prendront leur envol après six semaines.
Question diététique, le milan a plutôt mauvaise réputation dans les campagnes : ce serait un infâme voleur de poules, ce qui lui vaut évidemment des coups de fusil ou des empoisonnements. N’oublions pas qu’il bénéficie d’une protection intégrale. Ses effectifs sont actuellement plus que rassurants, il n’empêche qu’il paie parfois un tribut conséquent à cause des lignes à haute tension, des empoisonnements directs ou indirects par ingestion de rongeurs préalablement empoisonnés. Donc, si je reviens à son régime alimentaire, je dirai qu’il est avant tout opportuniste, souvent charognard, parfois chasseur. Il nettoie les routes des animaux victimes de la circulation, il suit en bande les travaux des champs à la recherche d’insectes, de lombrics ou de rongeurs déchiquetés, il fait la sortie des restaurants grâce à la générosité de quelques sympathiques cuisiniers, il hante certaines déchetteries à ciel ouvert, il nettoie la surface des eaux de tout poisson mort, parfois vivants mais malades, il s’empare d’oiseaux de petite taille blessés ou de poussins en vadrouille, il peut attraper des tritons, des grenouilles, du jambon, du saucisson ! A ce propos, j’ai expérimenté leur audace et leur ardeur dans une aire de pic nique en Afrique : il n’hésite pas à venir vous dérober le sandwich que vous avez en main, coquin !
Alors bel oiseau, nous t’attendrons chaque année, ton arrivée signe la fin des périodes rigoureuses.


Milvus migrans, © Alain Chappuis

Milvus migrans, © Alain Chappuis

Milvus migrans, © Alain Chappuis

Milvus migrans, © Alain Chappuis


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