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Le héron cendré, Ardea cinerea.


Kraaaak, kraaaak, kraaaak,
Si, lors d'une randonnée ou d'un pique-nique vous entendez ce bruit, ou plutôt ce cri, ne cherchez pas dans vos chaussures ou sous le capot de votre monstre d'acier rutilant stationné près du champ de luzerne où vous ferez cuire quelques saucisses diététiques, mais levez les yeux au ciel et vous apercevrez ma silhouette volante, tranquille, reposante, traverser l'horizon avant de se poser non loin mais suffisamment, à l'issue d'un atterrissage circulaire planant. Vous vous demanderez: "mais quel est donc ce volatile énorme?". Ou alors, "papa, c'est quoi cette cigogne?"
Hélas pour le bambin, point de cigogne je suis, mais héron cendré je me nomme: Ardea cinerea, de la famille des Ardeidae. Je me suis pris, il y a une dizaine d'année, à quitter les rives du Léman pour aller chasser dans les prés et champs aux alentours, riches en proies faciles tels les petits rongeurs qui font mon régal et qui m'évitent de tremper les pattes dans cette eau lémanique pourtant de qualité nettement améliorée. Je chasse également des poissons, des batraciens, je me pose près de n'importe quel point d'eau pour débusquer mes proies; la patience et l'immobilité sont mes points forts. Tel un "I", je me tiens au bord de l'eau et attends, tranquillement mais sûrement, que l'une ou l'autre de mes victuailles pointe le bout de son museau et hop! J'élance mon cou afin de la cueillir avec mon bec long, jaunâtre et effilé. Certains me décrivent comme ravageur de poissons, mais je ne suis qu'un simple régulateur. La disparition de mes concurrents naturels (le héron pourpré, le héron bihoreau, ou encore le héron butor) a grandement facilité l'extension de mon espèce, de mes colonies et de mes aires de chasse.
Je vous parlais de patience, mais je le suis beaucoup moins lorsqu'un de mes congénères s'aventure près de mon territoire: j'hérisse alors mes plumes, mets mon cou en "S" et lui fonce dessus, quitte à le tuer accidentellement si il s'agit d'un jeune. Mon bec est très puissant, il me sert à la parade nuptiale et à la capture des proies; seules celles qui pourront être avalées d'un coup seront sélectionnées car je suis incapable de les déchiqueter.
Concernant l'accouplement, je ne suis qu'un volatile: après une séance de séduction, voire plusieurs, qui consiste en claquements de bec, en picorage des plumes, en danse, en bécotage, le mâle effectue toutes ailes étalées un exercice d'équilibriste sur la femelle, leurs deux cloaques se joignant en temps opportun.
Ma famille vit en colonies bruyantes au sommet des grands arbres sur lesquels elle installe de vastes nids. Les oeufs sont au nombre de trois à cinq. Les jeunes houspillent leurs parents afin qu'ils régurgitent de la nourriture prédigérée. L'aîné de la couvée peut même forcer le plus jeune à vomir; parfois, si celui-ci dépérit, il se fait gober par le premier. Pas de pitié donc dans ce petit monde cruel de la héronnière. Le harcèlement nutritif des petits devient tel qu'un "pont aérien" est vite établi par le couple qui devra pêcher entre 50 et 100 kg de proie le temps que durera le développement de leur progéniture. Les parents se font reconnaître à leur arrivée au nid pour éviter de se faire agresser, en hérissant les plumes du cou et en émettant un cri qui sera aussitôt reconnu par le conjoint et les petits. Le jeune héron qui arrive à passer son premier hiver sans encombre est en principe détenteur d'un brevet de survie pour le fil de sa vie qui peut atteindre 25 ans. Mais dame nature fait son travail et une fois sur deux, la moitié de la portée survivante à l'automne ne passera pas à cette épreuve.
Depuis 1975, le héron cendré est protégé et donc interdit de chasse. Cet oiseau prélève, selon les estimations, entre 1 et 3% du cheptel de pisciculture, ce qui n'a rien à voir avec les dégâts causés par la pollution des rivières et l'expansion du cormoran.
Pour résumer, je mesure environ 90 cm à l'âge adulte, je vole avec les pattes étendues et le cou replié, je suis très abondant dans le bassin lémanique, je peuple quasiment l'ensemble de l'Europe en tant que migrateur partiel, ce qui signifie que certains de mes frères et soeurs préfèrent passer l'hiver plus au sud (Espagne, Andalousie et sud de la Grèce) ou l'été plus au nord comme en Islande ou en Scandinavie.


Ardea cinerea, © Alain Chappuis

Ardea cinerea, © Alain Chappuis

Ardea cinerea, © Alain Chappuis

Ardea cinerea, © Alain Chappuis


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