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Le lièvre, Lepus europaeus.


Un matin de janvier, 6h30, je roule en direction du travail. L'aube est incertaine mais claire, une brume légère stagne au ras des champs, attendant les rayons libérateurs de l'astre du jour. Soudain, une forme s'élève du sol, et même deux: elles semblent voleter, bondir, sursauter, faire de la boxe, cabrioler et même faire des saltos arrière! Le crissement de mes freins n'altère guère cette danse matinale: je me mets à penser que ce balai ne m'est pas inconnu.
Il s'agit humblement d'un combat entre mâles de lièvres communs (Lepus europaeus), qui se disputent un territoire de conquête d'une femelle invisible pour le moment. Il faut dire que ce mammifère, que l'on a trop souvent tendance à confondre avec le lapin (Oryctolagus cuniculus) dont il ne partage ni le territoire, ni les moeurs, ni les maladies (myxomatose), sait se montrer d'une discrétion et d'une homochromie (faculté de se confondre avec les couleurs environnantes) à toute épreuve. En effet, lorsque la végétation s'est développée et que le rut est passé, les lièvres ne se feront plus voir le reste de l'année.
Le lièvre est le plus gros de nos lagomorphes (de 2,5 à 6,5 Kg), ordre animal caractérisé par la présence de 4 incisives (2 pour les rongeurs) sur la mâchoire supérieure et l'absence de canines. Il se différencie du lapin par sa taille, ses oreilles nettement plus longues et pourvues de noir aux extrémités de même que sa queue, par la rapidité de ses déplacements pouvant atteindre 18 mètres par secondes. Il fuit par grands bonds, souvent interrompus par de brusques crochets servant à déjouer la présomption de trajectoire par ses prédateurs. Ceux-ci sont principalement les renards, quelques gros oiseaux de proie tels les aigles, certains mustélidés comme l'hermine ou le furet, mais surtout, le calibre 12 du chasseur. Les levrauts sont victimes de chats, des chiens et des corvidés (corneilles et corbeaux, pies, geais). En période difficile de la chasse, ils développeront des stratégies de fuite se fiant sur leur rapidité à la course ou sur des ruses dignes d'un renard. A noter que la femelle, appelée "hase", défend sa portée avec une certaine vigueur.
La saison des amours commence vers la fin de l'année pour atteindre son point culminant en mars. Les mâles deviennent très agressifs entre eux et se livrent des combats sans merci qui durent jusqu'au petit matin, l'animal étant essentiellement nocturne. La gestation dure une quarantaine de jours et la hase met bas, entre deux et quatre fois par an, d'un portée de 2 à 4 levrauts. Ils naissent les yeux ouverts avec un pelage de couleur différente de l'adulte. Son gîte est constitué d'une légère excavation en terrain découvert. Les jeunes se tiennent immobiles durant la journée attendant la tétée. En cas de danger, leur mère les déplacera à la manière des félins, en les portant par la peau du cou. Le lièvre est sexuellement mature vers huit mois mais ne se reproduira pas avant l'année suivante.
Sa nourriture se compose principalement de différents légumes (carottes, betterave, salades, navets), de luzerne, de graines, de racines, de fleurs, d'écorce en cas de disette, de champignons et même...de petits rongeurs!
Blessé ou effrayé, le lièvre pousse un cri semblable à une lamentation d'enfant. Le cri est différent en période de rut.
Ses moeurs sont principalement nocturnes, avec une activité s'étalant de 19h à 7h. Il ne s'éloigne de son gîte que d'une distance allant de 1 à 3 km pour aller quérir sa nourriture. Il a tendance à préparer son gîte à l'abri des grands vents; si l'atmosphère est à la canicule, il préférera chercher un couvert proche de l'eau, que ce soit des fossés, des étangs ou des endroits marécageux.
Son habitat comporte tous les types de terrains plats, de préférence à proximité des cultures, dans les régions marécageuses (il se montre excellent nageur), les dunes, les bruyères, les forêts de feuillus, les vignes en automne...petit gourmand!
A noter que notre TGV des plaines effectue un changement de pelage (mue) deux fois par an, qu'il se fait de plus en plus rare du fait de l'agriculture intensive, de l'expansion des localités et du trafic routier en constante augmentation.
Petit lièvre, si tu ne te prends pas pour une tortue, fuis, fuis, lorsque tu entendras les canons de l'automne!


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Levraut capturé par un chat

Levraut en état de stress

Lepus europaeus, © Alain Chappuis

Lepus europaeus, © Alain Chappuis


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