accueilbatraciensreptilespages du naturalistela photo du moisalbum photolivre d'orme contacter

Le crapaud orange du Costa Rica, Bufo periglenes (Incilius periglenes), est considéré actuellement comme disparu!


nom scientifique: Bufo periglenes (Incilius periglenes).
nom courant: crapaud doré du Costa Rica, golden toad, sapo dorado.
répartition géographique: le crapaud doré occupe une minuscule aire de répartition d'environ quatre km2 dans la cordillère de Tilaran, au nord du Costa Rica, à une altitude comprise entre 1480 et 1600 mètres, entre 2000 et 2100 mètres (d'après Jacobson, 1991). Cette zone a été classée réserve naturelle sous le nom de Forêt Brumeuse de Monteverde.
mœurs: décrit comme un anoure diurne (comportement exceptionnel chez un crapaud), il mène une vie secrète et cachée, et n'est observable que durant la brève période d'accouplement correspondant à la saison des pluies maximales.
habitat: forêt tropicale fraîche et humide, toujours baignée de brumes.
dimorphisme: le mâle est orange vif, de dimensions modestes (de 39 à 48 mm), et la femelle possède une coloration de fond noire à jaune, avec des taches pourpres cerclées de jaune; ses dimensions sont plus grandes, de 42 à 56 mm. Le dimorphisme sexuel de cette espèce est particulièrement marqué, et il n'est observable que chez l'individu mature. La maturité sexuelle est atteinte au bout de deux ans.
chant: il ne s'entend qu'à faible distance, et chante également hors saison de reproduction. Le fait qu'il adopte un comportement diurne et que le dimorphisme sexuel soit flagrant, diminue l'utilité des appels sonores, et par cela, augmente l'importance des contacts visuels. Il utilise 2 types d'appels, dont un pour l'amplexus, et ces chants pourraient aussi ne pas être entendus à la saison des pluies. Ce crapaud présente un réduction de ses sacs vocaux et de son appareil auditif.
nourriture: cette espèce étant très peu connue, il en est déduit qu'il consomme, vu sa taille, toute sorte de petits invertébrés.
reproduction: entre avril et juin, contrairement aux autres bufonidés, la reproduction a lieu de jour; des rassemblements massifs ont été observés, période qui correspond à une pluviométrie maximale. Ils se retrouvent en nombre important autour des mares temporaires, des chutes d'eau et des petits ruisseaux. Le ratio mâle/femelle est de 8/1. La compétition entre les mâles revêt un caractère "abusif"; à l'image de notre crapaud commun, Bufo bufo, le crapaud doré se comporte de manière similaire: il s'agrippe à tout ce qui bouge, et peut, devant son "enthousiasme" générer des "grappes de crapauds mâles" entre 4 et 10 individus....pôvres femelles à l'abandon...mais pas pour tous! Le mâle saisi par un autre mâle émettra une sorte de vibration qui préviendra l'assaillant de sa petite erreur, mais tous ne sont pas "sensibles" à cet avertissement! Un accouplement (l'amplexus est de type supra-axillaire, assez rare chez les bufonidés) réussi peut produire entre 200 et 400 oeufs, d'un diamètre important d'environ 3mm (Jacobson, 1991). Les têtards sont essentiellement détritivores, de couleur noire, adoptent des mouvements lents et s'immobilisent à l'approche d'un intrus, ce qui les rends difficilement observable. Les jeunes quittent le milieu aquatique après 5 semaines de développement (Harding, 1993). Le crapaud doré partageait  le même territoire et le même type de reproduction (petites pontes, mais oeufs de taille importante) que Bufo holdridgei. Il a été noté que cette espèce vivait en sous-sol (dans les galeries et le réseau sous terrain forestier) durant les différentes saisons, ce qui expliquerait la difficulté extrême d'observer ces 2 bufonidés hors période de reproduction, de plus ils partageraient la même histoire phylogénétique dans leur mode de vie et les mêmes biotopes. Le Bufo periglenes est un anoure dont la reproduction est particulièrement vulnérable: il dispose de très peu de temps durant l'année; si il ne pleut pas assez, les points d'eau temporaires se dessèchent et les larves meurent; si il pleut trop, elles sont alors disséminées par les courants montagnards violents, les ruisseaux se transformant alors en torrents. En 1987, une hécatombe se produisit, les mares s'évaporant avant que les larves ne parvinrent à maturité. Sur un potentiel de 30.000 crapauds, seuls 29 y survécurent.
statut actuel: découvert et décrit en 1967, il est considéré comme disparu depuis 1987. Il est toutefois classé en annexe 1 de la CITES.

Plusieurs hypothèses sont avancées quant à sa disparition:

puce une extinction naturelle, comme celle de Bufo holdridgei qui a disparu à la fin des années 80.
puce les conditions de sécheresse extrêmes de 1987.
puce en 1987, 1500 individus ont été observés, mais le taux de réussite de la reproduction était proche de zéro (29 jeunes métamorphosés observés).
puce la destruction des biotopes forestiers environnants, leurs refuges hors saisons de reproduction.
puce les changements climatiques et le réchauffement planétaire.
puce le Bufo periglenes se reproduit en eau fraîche, aux alentours de 12°. Depuis 1989, la température des eaux du Monteverde n'est jamais descendue en dessous des 15°.
puce l'adaptation faible de cette espèce aux conditions extrêmes couplée à une reproduction féodée à des conditions délicates, un taux de recolonisation bas.
puce El Niño, phénomène météorologique qui a sévit en 86-87 dans Amérique centrale, les pluies acides, l'augmentation du rayonnement ultra-violet mis en cause dans la disparition des amphibiens en agissant directement sur le développement et la survie des têtards, les éléments chimiques en suspension dans l'atmosphère. Les rejets sulfureux du volcan Arenal auraient eu une influence sur la baisse du PH (taux d'acidité) de l'eau; la peau des batraciens, quel que soit leur état de développement est très sensible à toute variation du milieu ambiant.
puce les maladies, les pesticides agricoles, le parasitisme et un virus ou une bactérie s'ajoutent aux causes précédentes.
puce un autre bufonidé, Atelopus varius a également disparu de la réserve du Monteverde à cette époque.
puce l'engouement des terrariophiles peu scrupuleux pour cette magnifique espèce.
puce La présence fatale d'un sporozoaire, Batrachochytrium dendrobatidis au sein de cette population.

Certes, il s'agit de la combinaison de plusieurs des facteurs mentionnés ci-dessus; le comportement sous terrain et la mauvaise connaissance de ce crapaud font qu'il reste peut-être un espoir qu'il réapparaisse un jour? Certains batraciens fouisseurs s'enterrent parfois pour se protéger de la sécheresse durant quelques années, mais il ne semble pas que la région du Monteverde soit particulièrement aride ces dernières années; c'est une réserve naturelle, la coupe de bois y est interdite, mais le région qui l'entoure est systématiquement déboisée, ce qui suffit à provoquer une accélération du phénomène de sécheresse...

bufo periglenes mâle bufo periglenes femelle
Bufo periglenes, officiellement plus aperçu depuis 1987, vit sur un toute petite aire sur le Monte Verde au Costa Rica. Il est donc actuellement considéré comme disparu. Il s'agit d'un crapaud de petite taille (6cm en moyenne), et l'un des plus beaux qui soient. Images Arkive.org. Mâle à gauche, femelle à droite.
 
2 mâles amplexus
2 mâles dans une mare temporaire. Amplexus supra axillaire et ponte d'œufs de taille inhabituelle pour un bufonidé.
 
Bufo periglenes répartition
Bufo periglenes, mâle et couple. Carte de son aire de répartition. Image UBIs.

Références bibliographiques:

traduit de l'anglais d'un article écrit par Jason Degroot, étudiant à l'Université du Michigan, décembre 1999.

haut de page

précédentesuivante